Je m'explique... Je voudrais marcher, marcher, jusqu'au bout du monde, là où le désert remplace le bitume, là où on voit les étoiles
Une étoile, l'étoile du livre
Je voudrais faire mon sac, là, maintenant, en le remplissant de ces choses irremplaçables qui ne servent à rien d'autre qu'à faire rêver, un galet peint, des coquillages, un dessin de phare à l'encre de Chine,...
Pas de photos, pas de souvenirs, pour ne pas alourdir de tristesse le voyage.
Je voudrais laisser tout le reste et partir, me diriger avec une boussole intérieure que tu connais sans doute, celle qui guide tes pas quand tu fermes les yeux.
Je voudrais me lever le matin avec un sourire qui ne me quitterait jamais, pour ne pas avoir peur de me remettre en route.
Je voudrais ne plus rien devoir à personne, et exister, enfin exister pour celui que je suis, avec mes contradictions, que le nom qu'on leur donne s'évapore pour qu'on ne voit plus que les choses claires et pures.
Le Ciel ?
Je ne pourrai plus jamais faire ça ou même imaginer le faire.
Je suis là mais plus pour longtemps.
Je ne bougerai plus...
Toi tu es attaché, mais tu peux bouger. Tu avances, tu recules, tu parles.
Moi, même plus. Je devine un café à ma droite, une rue, habitée sans doute, à ma gauche. Je devine, je ne sais plus.
Tu sens le papier sous tes doigts, toi.
Moi je ne sens plus rien d'autre que le sang, l'odeur du sang qui m'abandonne.
Reviens, petite voiture bleu-fuillant, ramasse moi, que je vois au moins le soleil se lever, pour ne pas mourir dans le noir.
Dans le noir, et seul.
Je ne suis pas Prince, j'ai peur devant le venin du serpent doré de la mort...