ROUGE
Tout ici est rouge Je suis rouge
Leurs grimaces là-bas sont grises, tant qu'à faire je préfère ne pas leur ressembler
Rose, jaune d'or ou bleu clair, ou même rouge, tiens, à l'extrême limite, tout mais pas grise
ils sont trop laids ces sans couleur
Hurlements, enfermements, peur, interrogatoires, attente, crispation
FIN du règne de la Lumière, le blanc a été sali, le bleu du ciel s'oxyde de traînées noires, grasses et poisseuses, le marron glacé terre d'hiver se teinte de tristesse, elle déborde de cadavres, elle vomit leurs cendres au goût poussiéreux pour ne rien dire d'autre, pour ne pas parler, pour ne surtout pas parler de ces choses-là
ils veulent assombrir l'univers, l'obscurcir au maximum pour qu'il leur renvoie un reflet de leur absurdité, pour leur donner l'impression d'avoir raison
Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison pourtant
Le monde s'habille de DEUIL, dieu ( ?) revêt une grande cape noire d'où s'échappent deux néons grinçants
Savoir, fermer les yeux, terreur, silence de plomb, horreur
je lui rends la vie, à ce monde en décomposition, pour le temps que je tiendrai, crois moi, une torche, même éphémère, dans une nuit trop sombre, ça en éclaire d'AUTRES qui reprennent le flambeau et le transmettront à leur tour
Tant qu'il restera un Passeur, l'espoir brûlera au fond des c½urs, en sourdine, mais présent tout de même
C'est une étincelle qui donnera la force de continuer, encore et encore et jusqu'à ce que les nuages laissent percer le soleil
Mouvements, organisation, espoir, résistance
Ne pouvant pas le VOIR je l'imagine
Je suis Icare je vole à sa rencontre mais il s'échappe
Le ROUGE revient en force, il possède mes sens, il chasse l'orange acidulé, le blond des blés, le vert de l'herbe, le rose barbapapa
Il est envahissant ce rouge
A force de le penser et de m'y accrocher, je le dégrade, sans le vouloir, et je le force à devenir cendre comme le reste
Surtout, maintenir sa lumière, pour ne pas sombrer, ne pas le laisser s'effondrer, penser à un chemiser rouge, un chemisier léger, frais, une caresse sur la peau, pas une morsure
Revoir une FRAISE, laisser la couleur imprégner ma langue même si ça fait longtemps
Assommé, réprimé, massacré
Ça marche, un temps, mais ces images se morcellent, s'évaporent dans le brouillard qui grignote tout
ils sont forts, très forts
Je sombre, un cri quelque part me rappelle à l'ordre, je me bats pour eux, pour laver leurs yeux de la buée incarnadine qui les aveugle
Souffrance, agonie
Plus le temps passe, plus mes souvenirs FONDENT
La mer en premier, c'est fragile, l'eau, ensuite le bois, et les animaux, la brique, les pierres rondes sur la plage et
Et ?
Et ma peau
La fumée me remplit à l'intérieur pendant que le feu consume ma chair comme ils ont détruit
Mes livres
Ceux qu'on ne devait pas lire
Ceux qui rendaient aux gens leurs couleurs d'Avant
Ceux qui chantaient le rouge
Mort
ils ont brûlé le papier et les mots, et moi
Pas les idées qui voyageaient, voyagent, voyageront
Vaincront ?
Hier mes livres se sont envolés
Aujourd'hui moi je les rejoints